Lecture nocturne…

Peste, de Chuck Palahniuk
Peste
Roman américain, mélange de SF et de fantastique. Superbe! Imagination forte, écriture simple mais efficace (en tout cas, la traduction le laisse entendre).

L’histoire de Rant Casey est racontée à travers les voix de tous ceux et celles qui l’ont connu, de près ou de loin (mère, père, voisines, ex compagnons de petite école, amies proches). Ils sont séparés en deux castes: les nocturnes et les diurnes; ils vivent dans un futur proche qui diffère juste assez du monde qu’on connaît pour causer une étrangeté familière. Les nocturnes sont les pauvres, les malades, les faibles et les déviants. Ils doivent obéir au couvre–feu, sous peine d’amendes sévères. Pour se sentir vivre, ils participent au Crashing, un jeu dangereux aux règles à la fois complexes et absurdes.

Rant devient un nocturne à la fin de son adolescence, quand il quitte sa campagne natale pour aller vivre en ville. Le fait que le roman soit choral, que sa figure forme le lien qui unit tous les autres personnages et qu’il soit le seul dont on n’entende jamais directement la voix, renforce vraiment l’impression de figure mythique du personnage. Il est au centre du livre comme Jésus est au centre des évangiles, en quelque sorte. Il a une présence « magique », dans le sens kafkaesque du terme. Il est fasciné par les morsures, les petites morsures d’araignées, de fourmis, de chiens… La souffrance est liée à l’amour… Et l’amour à la rage. Et la Peste dont il est question dans le roman, eh bien, c’est la rage, dont Rant est le vecteur premier. Son entourage devient tellement contaminé, traité puis contaminé de nouveau que les vaccins deviennent inefficaces, et l’épidémie commence. Évidemment, les nocturnes sont les premières victimes, et les premières cibles des autorités qui tentent de circonscrire le virus.

Troublants, les personnages sont absolument non-conventionnels, difformes, marginaux, obsédés par leur propre poursuite d’émotions et de sens, qui filtre leur interprétation des actes de Rant. Echo cherche l’amour, Green passe sa vie à analyser, Irene, la mère de Rant, survit.

L’habileté de l’écriture réside dans la fluidité de ces voix qui s’entremêlent, comme dans un montage documentaire. Des docteurs, des policiers, des chercheurs ajoutent leurs explications « expertes » aux impressions et aux anecdotes des amis et de la famille, de sorte que le portrait se dégage comme une biographie posthume. Les images brutes alternent avec les têtes qui racontent, et les intervenant se répondent par le truchement des questions coupées au montage du réalisateur. De sorte que le portrait qui est ressort est riche, plein de contradictions.

Plus on avance dans le récit, plus les éléments surréels s’additionnent, et la figure de Rant prend des allures de Christ ou de démon, c’est selon. Très habile! Très prenant!

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