À propos de moi…

Fleur mauve
image tirée de Petites incursions entre les ailes des fées

Approche artistique

Pour moi, la vidéo n’est pas un témoin objectif, mais le filtre d’une mémoire intime, partiale et éphémère, un outil de fragmentation du monde. Je construis le sens hors de la narrativité linéaire, choisissant plutôt une organisation impressionniste pour « sculpter le temps » et créer des poèmes vidéographiques. Je compose les univers sonores de mes œuvres en utilisant les sons de la même façon que les images, par cueillette, puis amalgames de ralentis et de déformations subséquentes. J’écoute les sons au ras du sol, les craquements et les gouttes d’eau. J’aime la surprise de la transformation sonore : je dénature les sons pour qu’ils forment des notes et des rythmes atmosphériques.

L’installation me permet d’impliquer directement le spectateur dans mon univers onirique et conceptuel. Je lui donne accès à mon imagerie abstraite par le biais du jeu et de l’interactivité, je rejoins le spectateur en le forçant à jouer physiquement dans mes images. Je l’implique dans le processus créatif : plus le spectateur passe du temps à découvrir l’œuvre, plus il en retire du sens. En fait, mon œuvre n’existe qu’en présence du spectateur : sans lui, il ne se passe rien. Ou s’il ne fait qu’effleurer l’œuvre sans s’y impliquer, il n’en capte qu’une fraction infime. Chaque spectateur construit son expérience propre et unique : il devient créateur à son tour.

Je questionne la relation établie entre le créateur et le spectateur, la narrativité et le personnage : plus précisément, j’utilise le spectateur comme personnage principal du récit. Le conte de fée, le parcours du héros, la transformation de la femme en mère, les étapes du processus de création et la relation du corps humain avec son environnement sont des motifs récurrents dans ma pratique. Je m’intéresse au passage d’un état à l’autre, à la transformation. Je m’intéresse aussi à la place de l’être humain dans l’univers, ou dans l’ordre des choses.

Je suis fascinée par les données révélées par les senseurs, qui vont au-delà des images captées par les caméras ou des sons saisis par les micros. Ces données qui émanent du corps et forment un réseau hors du spectre audible ou visible à l’œil nu, je veux les représenter, les révéler, comme un filtre infrarouge, une lentille macro ou un micro contact révèlent des textures fascinantes ou surprenantes. Ces chiffres qui nous quantifient, je veux leur donner une image, un son. Et par là, reprendre une part du pouvoir sur mon identité que les technologies numériques m’enlèvent d’autre part.

J’aborde l’écriture comme un cinéma impossible à filmer, comme une expérience du langage, en tant qu’outil de l’imaginaire. L’identité est fiction, la personne se définit par les récits qui la composent. L’écriture est actuelle, elle est omniprésente, surtout depuis l’avènement du blogue, du texto, du statut en 120 caractères. Les mots nous définissent, nous structurent. Écrire de la fiction, c’est explorer des territoire inconnus. Écrire c’est être habité – possédé.