La vie et l’ordre

La vie m’emporte, et je n’écris pas, trop occupée à y mettre de l’ordre.
Organiser une carrière, une famille, une maison… Donner du temps aux amis, à la coop, au centre d’artiste… Mais quel temps reste-t-il pour moi, pour plonger en moi, dans le désordre de la chose écrite, l’univers illisible de ce qui reste à écrire?
Même écrire sur le blogue devient rarissime, tellement le temps me presse. M’arrêter. Penser.

Le gel

Remplacer le doute par l’action. Je n’élimine pas le doute mais je le remplis. Je le chasse à coup de réunions, de papillonnement d’un projet à l’autre, alors que je devrais juste m’arrêter et écrire. Mais j’ai peur… de trop plonger, de me laisser emporter, trop loin dans le délire, loin de la réalité, jusqu’au point de non-retour, où je serais hors d’atteinte du réel. Trop ancrée maintenant, le pieds tellement sur terre que je ne sais plus décoller…

Bulle d'hiver

Heureusement, j’arrive encore à voir des images. Des images m’emportent, mon oeil glisse et plonge et trouve, je m’émerveille derrière ma lentille et je me perds. Il était une fois redevient une formule magique, mais au lieu de mots des images naissent, des détails grossis, surnaturels.

Bulle

Des ombres se glissent, personnages en quête d’histoires, paroles en quête de musique. Ils me hantent, me troublent, mais je ne me laisse pas habiter par eux, trop pleine des gens qui m’habitent déjà. Compartimenter? Je suis tellement fragmentée, déjà! Fuir? Me cacher dans une grotte avec un cahier et écrire jusqu’à n’être qu’une suite de mots, ou une créature grotesque comme Aliénor…

Le voyage d'hiver

Aliénée… Oui, il y a quelque chose de la folie dans le geste, dans le désir ambitieux, dans la persévérance acharnée, phrase après phrase après phrase. Nostalgie d’être plongée dans un récit par moi écrit, confort du rêve et de la construction d’un monde, malgré le doute perpétuel. Tant qu’à douter, autant douter de manière constructive.

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Tiens, je me laisse envelopper par cette créature hivernale, qui me tend les bras comme un enfant qui a besoin d’être bercé. Et je me berce et je balance, et du mouvement rythmé naît le mot, ou l’idée, ou la persistance du rêve…
Et comme résolution répétée, écrire.

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Un orage

Pluie sur Québec

Le parfum du vent d’été
Une sirène de pompier
Un roulement de tonnerre
Une petite fille crie qu’elle a peur
Un homme monte sur un toit et appelle ses enfants pour qu’ils rentrent
Deux autobus se croisent

Un klaxon
Une Blanche à la lime dans un verre à pied

et un soleil en feu,
mais de l’autre côté de la maison.

Gravir

Une lente montée, entrecoupée de pauses, autant pour admirer le paysage (se laisser ravir), que pour récupérer des forces (convertir le repos en énergie).

Chaîne du Tien Shang vue par la Station Spatiale Internationale
Chaîne du Tien Shang vue par la Station Spatiale Internationale

Traverser des passes étroites, de lourds paquets sur le dos, toutes ses possessions en fait. De lourds manteaux, enfilés les uns sur les autres. Des bottes rendues humides par la marche dans la neige, les vêtements de corps collés à la peau par la sueur. Mélange des sensations: entre le froid externe et la chaleur du mouvement. Convertir cette différence de température en énergie, mais comment?

Faire d’étranges rencontres en cours de route. Une meute de loups, attirée par la nourriture. Un vieil ermite, fou de solitude, redevenu sauvage à force de ne rencontrer personne. D’autres familles déplacées, réfugiés anonymes, désirant demeurer invisibles.

Et dans le ciel, les astres reprennent ces mouvances glacées; faibles échos ou guides célestes? Lever la tête en montagne, et toucher les étoiles pour mieux les interroger. Âmes des disparus, avez-vous trouvé refuge là-haut? Ou bien toutes ces lumières ne sont que des objets quantiques en réaction les uns aux autres?

Saturne vue par Hubble
Saturne vue par Hubble

Tendre la main et gravir le ciel jusqu’à sortir de Terre, jusqu’à s’extirper du monde. Escalader sans effort toute l’atmosphère. Être aspirée par cette matière étrange, innommable, qui sépare les étoiles et les galaxies. Habiter Saturne, entrer au coeur de sa substance volatile mais dense et redescendre. Retrouver ce corps qui reprend son souffle. Mais en même temps demeurer là, écartelée entre deux mondes, et ne plus savoir.

Images de la NASA