Description de l’installation et de ses aspects techniques

Échographie a été conçue in situ dans un corridor. Un tube en tissus blanc translucide et élastique occupe l’espace, l’enveloppant et lui conférant une certaine intimité. Le tube de tissus a une forme irrégulière, creusée à ses points d’attache aux murs et au plancher, et incurvée au-dessus, à 5 pieds du sol environs. Un bout du tube est ouvert assez grand pour permettre au spectateur d’y pénétrer debout mais en se courbant un peu. L’autre extrémité est fermée par des voiles de tissus superposés agités par le souffle continu d’un ventilateur caché derrière.

Accrochage_1

Au bout de l’ouverture (à une distance de 6 à 8 pieds de l’embouchure du tube), à un pied du sol environs, se trouve un projecteur vidéo qui envoie les images et le son vers le tube, c’est-à-dire sur les murs et le fond du corridor. Les images vidéos sont tirées d’une échographie réelle, prise pendant la croissance utérine de ma fille aînée en 1999. J’ai modifié ces images principalement pour les colorer, car les images ultra-sons sont en noir et blanc. J’ai donné une couleur plus rouge à la bande pour évoquer la chair, l’organique dans le mécanique. J’ai ajouté une bande sonore, recréant une impression que je me fais de la musique corporelle intra-utérine.

Échographie_4

J’ai travaillé l’échographie parce que ces images en provenance d’un avant-monde me fascinent, d’autant plus qu’elles naissent d’ondes sonores et non visuelles. Ce sont des échos d’images, des échos d’un bébé à naître, flottant dans une bulle floue, enneigée, abstraite. La texture visuelle de l’échographie est particulière, à la fois très précise – puisqu’on y déchiffre de l’infiniment petit et caché: cœur fœtal qui bat, vessie fœtale- et très floue pour l’œil non averti; car l’image bouge beaucoup, elle est fragmentaire, remplie des bruits parasites des échos sonores. Magnifiée par la projection, déformée par le tube en tissus, l’échographie devient presque illisible, toutefois, par moments une flèche informatique vient pointer un indicateur (cœur, vessie, mesures du cerveau, du thorax, forme des membres et du visage) que le spectateur peut à l’occasion décrypter. La texture visuelle projetée est pointillée, mouvante, rougeâtre, informatique, fragmentaire, dénaturée. On perd l’impression d’analyse médicale pour pénétrer dans un monde autre, étrangement organique. La forme du tube en tissus, sa fragilité souple, accueillante, enveloppante, confère aux images très techniques cette impression organique.

Faire pénétrer le spectateur dans cette zone intime de l’espace vidéo, l’impliquer physiquement dans la découverte de ce lieu hors du temps, lui permettre d’habiter et de jouer avec la projection vidéo, permet de détourner davantage le sens de l’échographie et de déplacer le privé et l’intime pour toucher le public et le donné. Je me défais de mon bébé, je la donne au monde, je partage mon espace avec le sien puis avec d’autres. Le spectateur est invité à jouer l’explorateur d’un monde intime et minuscule, puis à renaître au monde extérieur, en sortant du tube, face à la lumière.
Échographie_2

Je suis prête à adapter la structure à un nouvel espace de présentation, en autant que quelques conditions soient présentes afin d’en respecter le caractère. En effet, le lieu idéal choisi doit être petit, (ou alors il y a possibilité, avec des cimaises ou autres, de le réduire et de former un « corridor artificiel »). Il doit y faire assez sombre pour que la projection soit la seule lumière ambiante, afin de recevoir l’impact lumineux à la sortie du tunnel. Les murs doivent pouvoir recevoir des clous ou autre fixation pour retenir la structure de tissus. En fait, il faut imaginer un long couloir dont un bout peut être obturé, et l’autre occupé par le projecteur.

L’installation requiert un projecteur vidéo d’assez large rayon, afin de projeter l’image sur toute la surface du corridor de tissus, soit sur une largeur d’environs 4 pieds par une hauteur d’environs 6 pieds à l’embouchure, c’est-à-dire à son niveau le plus rapproché du projecteur. La bande maîtresse de la vidéo est sur support mini-dv, mais il est possible de la mettre sur dvd si besoin est, selon le magnétoscope disponible. La boucle dure environs 30 minutes. Le projecteur doit avoir un haut-parleur ou sinon un autre élément portable doit pouvoir envoyer le son dans l’installation. Aussi, j’ai besoin d’un ventilateur pour agiter le fond de l’installation.

Présentation de l’installation

Faisant appel à la participation ludique du spectateur, Échographie est une immersion dans un univers ambigu, entre la vie et la mort, l’étrange et le sidéral. Cet utérus géant en tissus translucide sollicite la relation spatio-corporelle du spectateur qui veut bien tenter l’expérience du voyage en son sein. Plongé dans la lumière projetée, rouge et noire, mouvante et électronique, environné de sons assourdis et rythmés, le spectateur traverse un espace mystérieux dans lequel il intervient : chacun de ses mouvements cause une ombre qui obscurcit le paysage, chacun de ses pas creuse puis soulève la fragile structure.

Le spectateur envahit l’espace vidéographique, il habite l’installation et la transforme, absorbant l’image avec des vêtements sombres ou la révélant s’il est vêtu de blanc. Le pas instable sur une surface incertaine, le visiteur se rend au fond du tunnel, et selon sa curiosité passe la tête dans un puits de lumière qui lui découvre un points de vue différent du cocon, puis il est forcé de revenir sur ses pas, faisant face à la lumière aveuglante du projecteur. Il émerge ensuite du passage comme s’il naissait une seconde fois. L’espace que le spectateur partage avec la projection vidéo repose sur une fragile relation entre l’ombre qu’il cause en se déplaçant et la lumière qui l’aveugle et le baigne : tantôt le cocon devient presque noir complètement, si les spectateurs sont nombreux à se déplacer dans l’habitacle, tantôt l’image lumineuse projetée dans le tunnel prend toute la place.

Les spectateurs qui demeurent à l’extérieur de l’installation assistent à la performance involontaire des voyageurs du tube, ils voient leurs démarches incertaines, leurs corps illuminés, leurs ombres gigantesques et leur regard aveuglé au sortir du tunnel. Eux aussi seront à leur tour tentés par l’expérience, par esprit de jeu (ombres chinoises) ou d’aventure (exploration d’une planète inconnue).

Échographie_3

La vidéo projetée dans le tunnel acquiert une qualité tri-dimensionnelle impropre à son caractère habituel, ce qui contribue au sentiment d’inquiétante étrangeté qui envahit le spectateur lors de sa visite de l’installation. En effet, l’image vidéo est déformée par les murs et les courbes de la structure de tissus, et sa perspective est accentuée par l’effet de point de fuite exagéré donné par le corridor. La position du projecteur vidéo, située presqu’au sol, en face de l’embouchure du tunnel, entre le tube et les spectateurs, a un effet très marqué sur la perspective inhabituelle que prend l’image, tout en permettant les jeux d’ombres causés par le passage des visiteurs.

La mouvance quasi organique des tissus qui se soulevent au gré d’un souffle de vent se superpose au mouvement informatisé, voire mécanique, de l’image échographique projetée. Cette correspondance déplace la représentation extérieure de l’échographie et la recentre dans l’univers enveloppant mais magnifié du tunnel. On le croirait intime, mais la présence de spectateurs à son orifice vient contredire cette impression, qui engendre un malaise timide pouvant enpêcher certaines personnes de tenter la visite et pouvant causer un sentiment de voyeurisme chez ceux qui regardent les spectateurs explorer l’espace proposé.

L’univers sonore qui baigne toute l’installation est à la fois dérangeant et familier, cœur qui bat, sons utérins, bruits cosmiques. Il contribue à déstabiliser le spectateur et à le plonger entre l’avant-naissance et le sidéral de science-fiction. De plus, son rythme régulier évoque la transe ou une semi-conscience qui désoriente les sens et fausse la perception du temps.

Lien avec ma démarche artistique

Échographie est une œuvre qui répond à plusieurs préoccupations artistiques qui me travaillent depuis quelques années. En effet, l’abstraction de l’image vidéo est un motif qui m’interpelle, en conjonction avec l’influence du privé et de l’intime dans la création. Source d’images et de sons, le quotidien est un matériau que je transforme, pour lui donner un langage poétique ou ludique.

Cette installation m’a permis d’inventer un lieu pour mon échographie, un espace hors de moi. Cet espace, je l’ai voulu habitable, comme un utérus. En même temps, la projection vidéo dans cet espace long et étroit, par sa déformation optique et sa magnification des détails, a transformé l’échographie et l’a amenée ailleurs, évoquant des paysages lunaires ou extra-terrestres. Les sons contribuent à cette étrange perversion de l’image, puisque qu’on les dirait provenir du casque d’un astronaute. Ainsi, le spectateur qui occupe l’espace est dans un lieu nouveau, placé dans une position ambiguë dont il a tout à construire. Il est le véritable sujet acteur de cet univers, le seul véritable habitant, c’est lui qui décide de son parcours et de l’émotion qu’il lui donnera.

Conçue dans le cadre d’une formation sur l’art de l’installation in situ, je me suis permis de jouer avec une image et un univers qui m’habitaient (puisqu’à ce moment-là j’étais de nouveau enceinte de six mois). Ce jeu affolant avec l’image, le corps et l’espace m’a permis de toucher le spectateur davantage, puisqu’il n’est plus seulement tenu de fixer l’image en tentant de décoder un sens plus ou mois abscons, mais plutôt il a la clé du jeu et la possibilité d’expérimenter physiquement la vidéo afin d’en sortir transformé pendant quelques instants.

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