La vie et l’ordre

La vie m’emporte, et je n’écris pas, trop occupée à y mettre de l’ordre.
Organiser une carrière, une famille, une maison… Donner du temps aux amis, à la coop, au centre d’artiste… Mais quel temps reste-t-il pour moi, pour plonger en moi, dans le désordre de la chose écrite, l’univers illisible de ce qui reste à écrire?
Même écrire sur le blogue devient rarissime, tellement le temps me presse. M’arrêter. Penser.

Le gel

Remplacer le doute par l’action. Je n’élimine pas le doute mais je le remplis. Je le chasse à coup de réunions, de papillonnement d’un projet à l’autre, alors que je devrais juste m’arrêter et écrire. Mais j’ai peur… de trop plonger, de me laisser emporter, trop loin dans le délire, loin de la réalité, jusqu’au point de non-retour, où je serais hors d’atteinte du réel. Trop ancrée maintenant, le pieds tellement sur terre que je ne sais plus décoller…

Bulle d'hiver

Heureusement, j’arrive encore à voir des images. Des images m’emportent, mon oeil glisse et plonge et trouve, je m’émerveille derrière ma lentille et je me perds. Il était une fois redevient une formule magique, mais au lieu de mots des images naissent, des détails grossis, surnaturels.

Bulle

Des ombres se glissent, personnages en quête d’histoires, paroles en quête de musique. Ils me hantent, me troublent, mais je ne me laisse pas habiter par eux, trop pleine des gens qui m’habitent déjà. Compartimenter? Je suis tellement fragmentée, déjà! Fuir? Me cacher dans une grotte avec un cahier et écrire jusqu’à n’être qu’une suite de mots, ou une créature grotesque comme Aliénor…

Le voyage d'hiver

Aliénée… Oui, il y a quelque chose de la folie dans le geste, dans le désir ambitieux, dans la persévérance acharnée, phrase après phrase après phrase. Nostalgie d’être plongée dans un récit par moi écrit, confort du rêve et de la construction d’un monde, malgré le doute perpétuel. Tant qu’à douter, autant douter de manière constructive.

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Tiens, je me laisse envelopper par cette créature hivernale, qui me tend les bras comme un enfant qui a besoin d’être bercé. Et je me berce et je balance, et du mouvement rythmé naît le mot, ou l’idée, ou la persistance du rêve…
Et comme résolution répétée, écrire.

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Magie et Dragons: impressions de lecture

Je lis plus vite que j’écris! Donc, la semaine dernière je lisais Les sources de la Magie, de Joël Champetier… et cette semaine La Tueuse de Dragons, d’Héloïse Coté.

Quelques impressions du roman de Champetier… Un chien qui parle, une jeune fille de seize ans délurée, un magicien solitaire, un homme politique ambitieux et un roi nerveux et dépressif: la galerie de personnages est excellente, juste assez en marge des conventions pour donner un caractère surprenant et unique à chaque personnage, sans qu’il paraisse artificiel. L’histoire est bien menée, des prémisses qui mènent à l’enlèvement de Marion à la résolution de l’intrigue politique. Encore une fois, le récit est plus complexe que compliqué: les désirs et les obstacles des personnages sont clairs, les situations bien posées, et on y croit, parce que les personnages ont cette profondeur que donnent les conflits internes (par exemple, présence de désir, mais refus d’agir par crainte de la déception). La magie est rationalisée juste ce qu’il faut: à tout acte magique correspond une demande d’énergie, et une conséquence dans l’univers physique autant que psychique. Le talent « magique » ne suffit pas, il faut encore apprendre à la maîtriser et pratiquer constamment pour ne pas perdre la main. L’acte magique ressemble à l’acte d’écrire, ou à la pratique de toute forme d’art.

Les sources de la magie
Les sources de la magie

Une scène m’a particulièrement interpellée, en raison de sa charge vraiment forte de sens. Les pouvoirs magiques et ceux de la sorcellerie s’y rencontrent comme deux principes, l’un masculin et rationnel et l’autre féminin et sensuel. La sorcière crée Mademoiselle la Simile à partir d’une mèche de cheveux de Marion, malgré l’incrédulité de Maître Corybanthier, qui n’a aucune confiance en la sorcellerie.La création de la simile demande su sang, pas n’importe quel sang, comme pour une transfusion: lien familial, être de même sexe, enfin plusieurs critères définissent les donneurs potentiels. La relation entre la sorcière et le magicien est toute en attirance et inquiétude, peur et malentendus, ce qui fait qu’elle est fascinante. La scène de la naissance de la simile porte cette séduction/méfiance, tout en étant pleine de suspense: cette sorcellerie réussira-t-elle? Permettra-t-elle vraiment d’aider à retrouver Marion? Pourquoi maître Ian n’a pas pu donner son sang? Qu’est-ce que son frère lui a caché? Une scène excellente, que j’entrepose dans mon antologie personelle des meilleures scènes pivot de romans.
Les sources de la magies, de Joël Champetier.

page couverture du livreQuant à la Tueuse de dragons, c’est un Alire à relire! J’ai vraiment adoré! Une personnage féminin brisé, une sorte d’antihéroïne blasée et dépendante, hors normes. Elle dépasse tous les clichés! Je me suis vraiment complètement immergée dans ce personnage. Une femme hors séduction, qui cherche à se définir par ce qu’elle accomplit. Elle a besoin d’aide, mais elle ne l’accepte pas facilement. Elle a été blessée par la vie, mais continue coûte que coûte, suivant son instinct de survie et son désir de se démarquer. Les dragons sont conventionnellement dangereux et carnivores, mais ils gagnent en complexité au fur et à mesure où on avance dans le récit. J’avais lu une mauvaise critique de ce roman, je ne sais plus où, mais je n’aurais jamais dû hésiter autant avant de le lire! Loin d’être déçue, j’ai lu un récit très bien mené, qui exploite ce qu’on aime de la fantasy: les pauvres soldats barouettés selon les désirs de rois ambitieux, les trahisons et la loyauté absolue, les bâtards et les mystiques. Toute la force réside dans son personnage principal: actuel, poussé à bout de vie, qui cherche à tout prix une issue à son mal être. Un prix Boréal/Aurora amplement mérité! Donc, non contente de l’avoir emprunté à la bibliothèque, je vais aller me l’acheter, pour pouvoir le relire à loisir quand j’aurai envie de me sortir de mon spleen.
Des scènes marquantes? La poursuite d’un dragon qui se solde en échec, des séjours en prison qui endurcissent la couenne mais usent l’âme, une confrontation avec son passé marquante. Quand Deirdra revoit son maître Bradeus, toute sa fragilité refait surface, toute ses blessures la mettent à vif, mais elle va jusqu’au bout d’elle-même. Une quête magnifique! Un petit bémol: quelques scènes de combats sont trop décrites, chaque coup est marqué; et le paysage politique entre le méridion et l’austrion prend du temps à devenir clair (en tout cas pour moi, qui ai lu un peu en diagonale le premier passage, un peu long, où Côté remonte quelques centaines d’années en arrière pour expliquer le pourquoi du comment les trois régions nordiques sont isolés du sud…alors que la manière dont c’est suggéré à la fin suffit amplement!)
La tueuse de dragons, d’Héloïse Côté.

Cinélive

Cinélive interactif

J’aime:

Fred Lebrasseur sur scène, la communication entre lui, les autre musiciens et John Blouin. Fred Lebrasseur maître du public, chef d’orchestre qui dirige une meute indisciplinée, ivre et « en business ». J’aime le contraste entre l’homme à barbe/ chapeau style brun et la foule qu’il a à diriger, jusqu’à lui faire imiter la jungle, mine de rien, comme il s’il dirigeait un troupeau d’enfants pendant la semaine de relâche (pareil).

J’aime la musique libre, le flux d’images qui nourrit les ondes sonores qui influencent (idéalement) les images… J’aime le son des projecteurs film ( on aurait pu en prendre plus et plus! bruit de mécanismes, de roues, de film qui se défile, qui s’enroule au bout de sa bobine, image qui passe au blanc, à la lumière…).

J’aime Andrée Bilodeau les yeux fixés sur l’écran, qui suit la lumière au bout de ses doigts, qui lit l’écran comme une partition sensible. J’aime son violon à l’écoute, tantôt rythme tantôt plainte, en symbiose.

J’aime les doigts de René Lussier qui vibrent en attendant la nute où ils peuvent enfin prendre leur essor, glisser le long des codent et placer leur exclamation au dessus du point.

J’aime la lumière des projecteurs, les silhouettes qui se recoupent et qui s’embrassent, floues et définies, comme des vaisseaux sanguins qui répondent aux battements d’un coeur.

J’aime le coup d’oeil échangé entre John et Fred, harmonique.

J’aime aussi le jeu de la messagerie, petites blagues photographiques et textuelles lancées comme au hasard, cadavre exquis survenant à l’écran comme un happening retrouvé.

Je n’aime pas:
la fausse interactivité – je ne suis créatrice de rien, sans outil et sans moyen – je suis spectatrice, sans téléphone intelligent. Et même si j,en avait un, mes images ne se seraient pas rendues jusqu’aux musiciens, puisqu’ils improvisent sur des images choisies par le projectionniste.

Ce que j’aurais aimé:
Avoir les mains dedans, mettre de la couleur, tirer sur le film, jouer de la bobine ou du micro.
Mais non, on ne peut pas faire ça quand c’est l’oeuvre d’un autre.

Une chance que j’ai un kodack dans les mains demain!

Liens pour John Blouin (projo): sur youtube et SAT
Lien pour Fred: MySpace