Machinations…

Je travaille sur Machinations ces temps-ci, et je néglige mon blogue.

J’aimerais avoir le temps de retravailler mon portfolio, il n’est pas optimal. En attendant, je prends des photos, je me familiarise avec mes outils sonores. J’essaie de ne pas oublier comment écrire, mais le temps me presse, et je n’arrive pas à le faire. Comme si tout passait avant. C’est étrange comme parfois, le plus important passe après le plus trivial.

Je suis entravée par les routines quotidiennes: ménage, école, leçons, enfants, travail… (rémunéré, j’entends) et mes plus grands désirs, mes plus grands rêves passent après, plus tard. Toujours plus tard. Et je vieillis et c’est plus tard. Je me couche le soir et je n’ai pas écris.

La tête pleine de mots, de sons, d’images. Je ne peux pas rester sur une case, je fais des bonds, puis je glisse sur les échelles, et je me retrouve au point de départ. Ou presque.

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Le Congrès Boréal 2011

affiche du congrès boréal 2011

Une fin de semaine de réflexion qui a bien rempli mon éponge! Une très bonne organisation, beaucoup de tables rondes, qui ont suscité un bon nombre de discussions et de questions. Là où il y a du doute, il y a de l’espoir!

Qu’ils soient auteurs, écrivains, réalisateurs ou musiciens, les artistes (dont je fais partie) se questionnent: où est la nouveauté? L’originalité est-elle possible? La représentation des femmes dans les récits a-t-elle changé? Que révèle le processus créatif d’une oeuvre? Qu’est-ce qui prime dans la création (ou la réception) d’une oeuvre: le fond, ou la forme?

Bien que provenant d’un univers parallèle à l’écriture, j’étais loin d’être en territoire inconnu. Le cinéma, les arts médiatiques traitent aussi de récits, de narration. Les personnages, les décors, les atmosphères et l’imaginaire sont notre matière, les outils diffèrent… un peu.  Écriture instantanée, cadavre exquis, kino cabaret ou cinéma à relais, on joue aux mêmes jeux. Nous existons pour raconter. Parfois, les vases clos me font peur, ces segmentations d’univers qui se touchent sans se reconnaître, comme si l’existence des uns menaçait celle des autres… Prédateurs–conteurs, à la poursuite de la même proie–public, se partageant un territoire aux ressources trop limitées, le territoire culturel.

Comment se distinguer? Comment développer une voix? Comment demeurer authentique? Épurer, sculpter, modeler le texte. Lui donner un rythme, une musique. Le faire migrer, d’une plate-forme à l’autre. S’inspirer puis se détacher de ce qui a déjà été raconté. De toutes les façons possibles, et sur tous les territoires. Les arts sont perméables, puisque les artistes sont des éponges.

Ne jamais perdre de vue le plaisir du texte, le goût des mots. De toute façon, je suis possédée. Je tends les bras vers le train qui est déjà passé et je cours, démente, pour le rattraper, en me répétant qu’il n’est pas trop tard.

L’Art précaire de raconter des histoires

Le rire du Cyclope, de Bernard Werber
Couverture du livre

Un polar pour rire, pour s’amuser, écrit dans le style de Werber. Paragraphes courts, inserts délirants sur l’origine du rire et des blagues. On retrouve la structure des Thanatonautes: Enquête/réel du récit, entrecoupés d’extraits d’une pseudo-encyclopédie (cette fois, c’est Le Grand Livre d’Histoire de l’Humour, Source: GLH), et de réminiscences du personnage principal (Lucrèce Nemrod).

J’ai découvert Werber par les Thanatonautes, puis l’Empire des Anges. Le rire du Cyclope est ma première incursion dans l’univers de la journaliste orpheline Lucrèce Nemrod, bien qu’elle soit aussi dans deux autres romans de Werber: Le Père de nos pères et L’ultime secret.

Petite anecdote: l’auteur a fait appel au public sur internet pour trouver des blagues, et pour que ses lecteurs votent pour les meilleures blagues à intégrer dans son livre.

Un bon polar, mais le penchant « informatif » de Werber devient un peu agaçant à la longue: ça sent la recette, même si elle est rigolote cette fois. C’est une recette agréable, et cette fois un peu absurde: remonter l’histoire jusqu’à la première blague; trouver les origines et la raison du rire… Mais à un moment ça tombe dans le pseudo sérieux, et du coup, c’est moins drôle. L’équilibre entre le récit et l’encyclopédie, ou le discours pseudo scientifique, est précaire. Trop de détails, d’énumération d’acteurs historiques de l’humour, et pas assez de péripéties vers la fin… Une chute de tension en quelque sorte; la sauce était trop étirée. Le mécanisme de la construction de l’histoire, qu’il nous donne à la fin, comme la construction d’une blague, est le principe de la Balle de tennis jaune, ou McGuffin; mais à un moment, quand on sent que la balle est creuse, on perd l’intérêt.

J’ai de loin préféré les Thanatonautes, pour l’imaginaire et les questions qu’il soulevait, sur la mort et l’après. Le rire, définitivement plus lourd que la mort, finalement. Trop de clichés irritants (pas dépassés): vedettes dévorées par le pouvoir et le public, mère étouffantes ou absentes, père qui préfère l’Autre… La jeune séduite par le vieux…  Il y a une contradiction de trop dans cette histoire de rire pour que le désir de suspendre le réel demeure longtemps, ou pour que l’histoire nous habite… Les Thanatonautes m’avaient habitée, dérangée, séduite, alors que le rire du Cyclope me laisse l’impression d’une manipulation par le vide, par la mécanique du récit.