La ch’tite michante sorcieure…

Ah! Terry Pratchett! Quelle imagination! Quelle belle sorcière! Je n,arrive plus à remettre le livre à la bibliothèque, alors j’accumule retard sur retard, pourtant je l’ai lu et fini depuis longtemps… mais il reste avec moi, comme ça, parce que je suis confortable avec. J’aime les sorcière qui sont des sages-femmes, des femmes-sages, des jeunes femmes pas crochues et des femmes pleines d’humour, j’aime les légères sorcière et les sorcières aimantes…

Actuel, débridé, savoureux, que dire d’autre?

Traitement du langage comme seul un amoureux des mots peut le faire, en inventant, triturant, contournant… Il faut lire la langue des Nac Mac Figgle (en traduction française, malheureusement, en anglais, c’est encore trop solide pour moi! Trop de liberté!):

 » – oh win, mais des mies, c’eut facile, vos saveuz. Vos voyeuz, pus les morcios y sont ch’tits, maeyeux ils s’assembent faut jusse les pousseu un ch’tit peu, et les ch’tites molles aecules se souviennent de leurs plache et s’aercolent ensembe, nae problemo! Pwint la paene de faere l’aetoneue, on se limite pwint à tout casseu. »
page couverture du livre

J’adore! Je les entends tellement jaser, avec leurs petites voix tonnantes et grinçantes!

Le récit est bien construit, d’une péripétie à l’autre on en comprend toujours un peu plus, et sur Tiphaine Patraque (la sorcière), et sur le démon qui la poursuit. Sans se prendre au sérieux, de manière très british, on touche à tout plein de sujet graves: les soins aux morts, aux vieux, aux faibles; d’où vient la vocation de sorcière, d’où vient le pouvoir… Non, vraiment, je ne peux que vouloir lire toutes les autres histoires de sorcières de Pratchett. Déjà, j’avais lu La huitième couleur, et c’était savoureusement imaginaire et tordu, mais là! Là, je suis tombée en amour!

Alors, je m’en vais sur le disque monde. Je ne sais pas dans quel état je vais en revenir, ou si je vais en revenir. J’apporte avec moi mon appareil photo, et mon crayon, on verra bien. Quel univers!

Pour en savoir plus sur Pratchett

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Je lis plus vite que j’écris… encore!

Ces dernières semaines, je lisais Ysabel et la trilogie de La Tapisserie de Fionavar de Guy Gavriel Kay. C’est un auteur de fantasy que j’adore, et deux très bons sites lui sont consacrés: le site de Penguin Group et surtout le site officiel Bright Weavings. Même si elles ont été écrites à quelques années d’intervalles, ces histoires sont très liées, non seulement par les personnages mis en scène mais aussi par le type d’histoire.

Le mélange entre le monde tel qu’on le connaît et le monde fantastique est mené de main de maître: le fragile équilibre est maintenu pour qu’on y croit de bout en bout. Ysabel est particulièrement réussi à ce niveau. En plus, et ce qui est non négligeable, l’histoire tient dans un seul livre. Ça fait du bien d’avoir un sentiment de « closure » sans avoir à attendre les autres volumes. Il n’y avait plus que le tome 1 de Fionavar chez Pantoute, et j’ai dû attendre une dizaine de jours  les deux autres livres avant de me replonger dedans. J’ai lu Ysabel entre-temps…

Le plaisir donc de lire Kay réside dans les images précises, qui évoquent des ambiances inquiétantes, envoûtantes, juste assez étranges pour qu’on s’attende à tout… Dans Ysabel, je retiens la course en provence, vers une tour abandonnée, de nuit, avec le coeur qui bat, les fantômes qui rôdent… Et aussi la scène finale, dans la grotte, j’ai un faible pour les grottes et la lumière glauque qui y pénètre. De la Tapisserie, le lac sous la pleine lune, et aussi la forêt ancienne, qui garde la mémoire des personnages mythiques qu’elle a abrité. Mélange des dieux, des fantômes, des mémoires et des humains qui vivent leur temps comme ils peuvent, faisant de leur mieux avec les épreuves qu’ils ont à traverser. Il y a une forte parenté avec Tolkien dans ce thème, comme dans l’impression de nostalgie et de romantisme qui flotte au gré des pages, musique des mots, des ambiances, poésie aussi. Une chanson ou une danse viennent souvent ponctuer le récit, moins pompeux chez Kay, plus vivants, puisque la danse ou la chanson n’y sont pas décrites, mais évoquées; pas rapportées textuellement, mais « vécues » par les personnages, que ce soit dans les jeux des sonneries de cellulaire ou dans la musique du Ipod juxtaposée aux lieux dans Ysabel, ou bien dans les rituels du monde de Fionavar, tels que les cérémonies des Paraikos ou les danses des nomades.

Mais Kay se détache aussi de Tolkien par le réalisme de son univers, de ses univers plutôt. Pas de créatures fantastiques à foison, mais juste une. Une, mais devant laquelle on tremble, à genoux, ébahis; on est en présence de Surnaturel, de ce qui est au-dessus de nous, plus grand, plus puissant, plus tout, mais nous (pauvre humains!) y avons accès, nous en faisons partie, de cette Sur Nature, parce que nous avons la mémoire, l’amour, la foi (ou la confiance en l’autre, que cet autre soit humain ou divin).

Bref, mon objectif, c’est d’écrire comme lui. Ça a le mérite d’être clair, non? Je me demande dans quel autre univers il va me transporter ensuite… (Après la Chine de Under Heaven, et le monde de Fionavar… Je me demande sur quoi il travaille? Après les romains, les byzantins, les arabes, les français, les vikings du Moyen Âge… )

En attendant, je vais faire un tour du côté de La Nouvelle-Orléans de Poppy Z Brite. C’est très cool! Il y a de l’alcool, de la bouffe, des restaurants, un couple de cuisiniers fauchés, un gérant jaloux, un drôle de magnat/pourvoyeur et la mémoire d’un meurtre! Avant Alcool, je n’avais lu que Âmes Perdues de Brite, mais je la reconnais très bien ici. Ce n’est qu’une traduction, mais l’ambiance de la Nouvelle-Orléans m’est comme familière: je suis devenue une « locale »! Poppy a une fascination pour les couples gays, il y a quelque chose de très séduisant dans la manière dont elle les écrit: ils ne sont pas efféminés, pas caricaturaux. Marginaux, mais naturels, hommes! Je suis attirée par les hommes, et donc, je me dis, si j’étais un gars, je serais probablement gai… Donc, sans doute que c’est plus facile pour elle d’écrire de la séduction des beaux gars (et des moins beaux, mais plus troubles) que les relations féminines. Mais ça n’a peut-être aucun rapport! N’empêche, c’est très relaxant comme lecture, quoique les énumérations de menus et d’aliments sont un peu nombreuses et un peu longues. La sensualité y perd, noyée par un trop plein de repas gargantuesques, bien arrosés de tous les alcools imaginables. (Je dois lire trop vite, à la longue je perd l’appétit!) il me reste une dizaine de pages, puis je pars en vacances avec Neil Gaïman (dont j’ai lu quelques nouvelles dans Solaris), Silverberg et Champetier (La mémoire du lac).

Magie et Dragons: impressions de lecture

Je lis plus vite que j’écris! Donc, la semaine dernière je lisais Les sources de la Magie, de Joël Champetier… et cette semaine La Tueuse de Dragons, d’Héloïse Coté.

Quelques impressions du roman de Champetier… Un chien qui parle, une jeune fille de seize ans délurée, un magicien solitaire, un homme politique ambitieux et un roi nerveux et dépressif: la galerie de personnages est excellente, juste assez en marge des conventions pour donner un caractère surprenant et unique à chaque personnage, sans qu’il paraisse artificiel. L’histoire est bien menée, des prémisses qui mènent à l’enlèvement de Marion à la résolution de l’intrigue politique. Encore une fois, le récit est plus complexe que compliqué: les désirs et les obstacles des personnages sont clairs, les situations bien posées, et on y croit, parce que les personnages ont cette profondeur que donnent les conflits internes (par exemple, présence de désir, mais refus d’agir par crainte de la déception). La magie est rationalisée juste ce qu’il faut: à tout acte magique correspond une demande d’énergie, et une conséquence dans l’univers physique autant que psychique. Le talent « magique » ne suffit pas, il faut encore apprendre à la maîtriser et pratiquer constamment pour ne pas perdre la main. L’acte magique ressemble à l’acte d’écrire, ou à la pratique de toute forme d’art.

Les sources de la magie
Les sources de la magie

Une scène m’a particulièrement interpellée, en raison de sa charge vraiment forte de sens. Les pouvoirs magiques et ceux de la sorcellerie s’y rencontrent comme deux principes, l’un masculin et rationnel et l’autre féminin et sensuel. La sorcière crée Mademoiselle la Simile à partir d’une mèche de cheveux de Marion, malgré l’incrédulité de Maître Corybanthier, qui n’a aucune confiance en la sorcellerie.La création de la simile demande su sang, pas n’importe quel sang, comme pour une transfusion: lien familial, être de même sexe, enfin plusieurs critères définissent les donneurs potentiels. La relation entre la sorcière et le magicien est toute en attirance et inquiétude, peur et malentendus, ce qui fait qu’elle est fascinante. La scène de la naissance de la simile porte cette séduction/méfiance, tout en étant pleine de suspense: cette sorcellerie réussira-t-elle? Permettra-t-elle vraiment d’aider à retrouver Marion? Pourquoi maître Ian n’a pas pu donner son sang? Qu’est-ce que son frère lui a caché? Une scène excellente, que j’entrepose dans mon antologie personelle des meilleures scènes pivot de romans.
Les sources de la magies, de Joël Champetier.

page couverture du livreQuant à la Tueuse de dragons, c’est un Alire à relire! J’ai vraiment adoré! Une personnage féminin brisé, une sorte d’antihéroïne blasée et dépendante, hors normes. Elle dépasse tous les clichés! Je me suis vraiment complètement immergée dans ce personnage. Une femme hors séduction, qui cherche à se définir par ce qu’elle accomplit. Elle a besoin d’aide, mais elle ne l’accepte pas facilement. Elle a été blessée par la vie, mais continue coûte que coûte, suivant son instinct de survie et son désir de se démarquer. Les dragons sont conventionnellement dangereux et carnivores, mais ils gagnent en complexité au fur et à mesure où on avance dans le récit. J’avais lu une mauvaise critique de ce roman, je ne sais plus où, mais je n’aurais jamais dû hésiter autant avant de le lire! Loin d’être déçue, j’ai lu un récit très bien mené, qui exploite ce qu’on aime de la fantasy: les pauvres soldats barouettés selon les désirs de rois ambitieux, les trahisons et la loyauté absolue, les bâtards et les mystiques. Toute la force réside dans son personnage principal: actuel, poussé à bout de vie, qui cherche à tout prix une issue à son mal être. Un prix Boréal/Aurora amplement mérité! Donc, non contente de l’avoir emprunté à la bibliothèque, je vais aller me l’acheter, pour pouvoir le relire à loisir quand j’aurai envie de me sortir de mon spleen.
Des scènes marquantes? La poursuite d’un dragon qui se solde en échec, des séjours en prison qui endurcissent la couenne mais usent l’âme, une confrontation avec son passé marquante. Quand Deirdra revoit son maître Bradeus, toute sa fragilité refait surface, toute ses blessures la mettent à vif, mais elle va jusqu’au bout d’elle-même. Une quête magnifique! Un petit bémol: quelques scènes de combats sont trop décrites, chaque coup est marqué; et le paysage politique entre le méridion et l’austrion prend du temps à devenir clair (en tout cas pour moi, qui ai lu un peu en diagonale le premier passage, un peu long, où Côté remonte quelques centaines d’années en arrière pour expliquer le pourquoi du comment les trois régions nordiques sont isolés du sud…alors que la manière dont c’est suggéré à la fin suffit amplement!)
La tueuse de dragons, d’Héloïse Côté.